"ForEver" chez Edmond Petit

Iconoclaste ? Baroque ? Vintage revisité ?
Non, "ForEver" est une ligne de meubles d’artiste.
Pour Marie Piselli, à l’origine de ce
dispositif, la collection " ForEver" n’est pas un
merchandising de plus s’inscrivant dans une ligne
marketing ou un effet de mode. Sa légitimité
d’artiste "pèlerin-pédagogue" lui permet de
s’intéresser à toutes sortes de médium et d’idées.
Il s’agit là de créations centrées sur la mémoire affective, dans la lignée d’un Boltanski et
de ses archives du coeur. Elle y parle de nos héritages, de notre aspect grégaire. Elle témoigne
des fractures et des ruptures générationnelles rencontrées dans nos sociétés. " ForEver " illustre
les facteurs d’entropie tellement utiles à la bonne marche de ce monde.
Récupérer des pièces à convictions - vêtements des banlieues, mobilier de brocante - est
un jeu d’ethnologue inventif. Recycler ce matériel d’autopsie communautaire devient un art
singulier, ces meubles combinent les revendications d’appartenance et de reconnaissance de
générations successives occupants les mêmes "crèches urbaines".
Ces chaises 16ieme siècle recouvertes de tissus tagués, ce fauteuil seventies aux motifs
Hip Hop ou ce tabouret punk deviennent le symbole d’une proximité émotionnelle intemporelle
transgénérationnelle.
Rassembler sur un même objet, les souvenirs d’une famille et de l’individu en mêlant
meubles de famille et les vêtements que l’on a porté et aimé. Le fauteuil de ma grand- mère
s’habille des jeans de mes vingt ans ! Un inventaire, un parti pris, une appropriation des archives
familiales et de l’individu.
Chacun de nous devrait exercer ce droit d’inventaire sur notre héritage. Ces meubles
désuets, dont on ne veut plus, marqués par leur époque encombrent nos greniers, nos caves et
nos déménagements. Ils sont là, preuve de notre micro histoire, témoin des milles et une
péripéties d’une saga humaine tournée vers la propriété et la transmission. Un héritage
encombrant et pourtant utile. L’inspiration de la ligne "ForEver" produit une cohérence dans cette
transmission en mêlant nos souvenirs à ceux de nos contemporains connus ou non. Marie Piselli
maximalise la valeur affective des objets et minimise leur anachronisme.
Pierre Fournerie